Qu’est ce qu’on peut dire de ce film ? Difficile à dire en fait.

Comment faire pour manger un éléphant ? Par où commencer ? Comment faire pour ne rien oublier ? Il y a beaucoup de choses, trop de choses pour résumer ce petit chef d’oeuvre à son seul titre. C’est précisément ce qui fait de cette nouvelle production une surprise révoltante. Personne ne pensait qu’il était possible d’en faire autant avec un concept aussi simple, sur le papier. Et maintenant ce que c’est le cas, on peut poser la question à Kevin Feige : « What took you SO long ? »


Meet Agent Double Oooooh, SNAP !

La réalisation relève vraiment d’un concentré d’hommages rendus aux films d’espionnage, aux thrillers politico-mafieux. Et c’est avec une légèreté déconcertante que le film aborde des aspects lourds des conditions de vie de nos voisins continentaux. C’est Boko Haram qui est pointé du doigt très tôt. Et l’indifférence générale dans laquelle les peuples d’Afrique souffrent. Le colon blanc en a pour son argent.

Le film passe vite, peut être trop vite, et pourtant le narratif ne nous emmène pas loin. On voyage un peu, la Corée, Oakland. Mais au final, c’est une pression contenue dans un tout petit pays qui nous occupe l’esprit tout le long. C’est de cette surprise qu’il s’agit, tous les personnages tiennent bon, il n’y pas une opportunité ratée de nous montrer un angle différent, une facette différente du peuple du Wakanda, de la question de la légitimité, de l’approche sociétale.

À titre de comparaison, lequel d’entre vous aurait eu ne serait qu’un soupçon de cette granularité dans la population d’Asgard ? Black Panther filme les protagonistes de très près, et nous offre une loupe sur le monde caché de cette Afrique victorieuse. De la technologie aux dialectes, en passant par les palettes sociales des différentes tribus du pays caché. Tout y est, tout en restant synthétique et sans perdre de temps sur une sociologie sans intérêt pour le progrès du narratif. On a l’impression d’avoir passé du temps en plein centre de la vie wakandaise. Tout est parfaitement crédible, grandiose et humainement équilibré.

Un film qui touchera la diaspora en plein coeur, d’où qu’elle soit.

Le cri de ralliement « Wakanda Forever !! » est désormais mainstream pour les peuples d’Afrique, il faudra vous y faire. En parlant d’Afrique, nous ne serons pas surpris d’avoir une lecture très afro-américaine du succès insolent d’une contrée restée dissimulée. Certains aspects du fantasme de progrès continental et de la maîtrise supposée des arts mystiques sont un petit peu critiquables, sans pour autant ruiner la dynamique globale. Le personnage d’Everett Ross revêt le rôle de transfert pour le spectateur, ses sourcils ne décrochent pas tout le long du film, et son tour de montagnes russes n’est en fait que le notre. Le film veut et tient absolument à nous secouer, à nous déboussoler. Ryan Coogler est le seul réal à pouvoir utiliser un twist 360° (ce que tout le monde a déjà essayé avec son smartphone) et à s’en sortir comme un chef.

Pareil pour Michael B Jordan, qui travaille avec un concept d’antagoniste pas nécessairement fascinant, mais qui rebondit à merveille et gomme habilement les rares petits écueils narratifs. Oui, la soif de sang d’Erik est la conséquence d’un péché du passé, il est donc démuni de sa propre motivation en tant que personne. Son ambition est donc relativement creuse, et le mix de vengeance et d’envie de justice dans ce contexte de « tueur formé par les militaires » ne fonctionnent que grâce au travail de l’acteur. L’autre aspect le concernant qui nous fascine, c’est le fait que ce personnage présente le kit de déstabilisation de nations souveraines de la CIA et de l’écosystème militaro-américain spécialisé en destruction massive.

La beauté des décors relève d’un coup de poing dans le ventre.

Le chef opérateur de ce film a tout simplement signé une des plus belles directions artistiques de l’univers de Marvel. Prenez encore Asgard – pour comparer deux cités légendaires – est plus brillant, plus grand, mais au final tellement moins surprenant. On passe de luxuriantes jungles aux pâturages puis aux plateaux désertiques ou aux laboratoires du futur ou aux faubourgs populaires en un clin d’oeil. D’un coup un seul on se retrouve en altitude et on découvre une tribu perchée dans le flanc neigeux d’une montagne. Bref, les décors sont d’une efficacité redoutable, la scène du casino coréen à elle seule est plus impressionnante que celle de Star Wars huitième du nom. C’est vous dire. Dans un petit périmètre, la folie est telle qu’on croirait qu’une douzaine d’antilopes géantes auraient piétiné cette scène. Au passage, le plus beau dans cette scène relève aussi dans l’incroyable compétence du trio wakandais. Qui peut se targuer d’avoir un chef d’état capable de survivre dans une jungle d’armesur à feux, sans que lui même n’en soit équipé d’aucune. La grande classe.

Dans un périmètre relativement réduit, le réalisateur réussit l’impensable. Oui, Black Panther nous fait voyager, et l’admiration de son peuple pour ses panoramas est déclaré en ouverture du film, pour mieux être démontré par l’image durant tout le reste du film. L’échelle de nombreux espaces font du besoin de sauver ce pays une urgence tellement plus forte que pour le fils d’Odin et son Asgard natal.

On peut parler du Vibranium pendant des heures, mais rien ne vaut la concrétisation fascinante des idées et du potentiel de la matière extraterrestre dans le cadre d’une technologie avancée. Shuri en profite avec appétit, pour notre plus grand plaisirt. Certains noteront une forme de similitude avec la technologie kryptonienne durant le run Z. Snyder. L’impression en volume, en 3D, à vitesse éclair, encore idée partagée des deux cotés de la rive.

La mort de Klaue est à la fois un mal nécessaire mais aussi une perte immense pour le monde de Marvel qui aurait bien besoin de vilains aussi funs que le trafiquant au bras bionique. Personnellement, je ne m’en remets pas. Pareil pour Whitaker.

Les femmes de ce film sont juste hallucinantes.

Chadwick Boseman est brillant au possible, mais on ne sait pas si sa retenue est due à sa fonction de monarque ou au fait que c’est un James Bond gentleman, qui laisse la priorité aux femmes. Et ne parlons pas juste des Dora Milaje, cette garde impériale royalement sexy et terrifiant. Non contentes d’être fortes, les femmes de ce film sont également hilarantes, et smart, et tellement plus courageuses que les hommes.

Le film est donc une réussite, à tellement de niveaux qu’il est impossible de critiquer sans vraiment pleurnicher. Marvel l’a encore fait, la surprise d’une itération payante, la puissance d’un concept exploré avec générosité, la direction artistique qui ridiculise tout le reste du monde, les personnages et leurs acteurs qui crèvent l’écran et nous font rire durant. Qu’on se le dise, Black Panther est arrivé, longue vie au roi.

Les deux scènes post-crédits auront – in fine – une saveur de cut principal. On aurait peut être mérité un chouïa plus. Entre le choix de T’Challa d’adresser une réponse aux requêtes de son cousin de sociopathe en se rendant à l’ONU, et la réhabilitation du Winter Soldier grâce à Shuri – le début d’une belle complicité de frangins – la maison des idées nous prouve qu’elle sait prendre soin de nos émotions, et que le fil tissé continue de lentement répondre à toutes les questions qui nous mènent à Avenger 3. Winter Soldier est désormais un homme en phase avec l’aberration qu’il représente, le prince couronné accepte d’avoir à gérer la pression mondiale avec le voile levé sur ce que « cache » son pays.

Concernant la note, on va dire que le Directeur de Publication a certainement raison. On est sur un quasi-sans-faute. Donc une sorte de 9/10 en s’approchant dangereusement de l’état de panique qui dit : « et maintenant ? on est censé faire comment pour faire mieux ? ».

Le film est complexe, complet, tellement drôle aux moments les plus tendus ou avec une classe telle qu’on aurait effectivement eu un peu de mal à pardonner à Thor 3 son attitude over the top s’il était sorti ensuite. Ça se prend au sérieux en terre de Wakanda, et ils ont bien raison. Sur ce coup, tout le monde a reconnu le style. Wakanda freaking Forever !

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