aLe Warner Animation nouveau est arrivé, et on est pas fâchés

Qu’on se le dise ! C’est une bonne habitude avec laquelle la concurrence distinguée nous a apprivoisé. Plusieurs longs-métrages animés par an, c’est précisément ce que la maison des idées semble incapable de concrétiser. Cette fois-ci, c’est sur une histoire de Brian Augustyn et les dessins de Mike Mignola. Et pour cette adaptation du one-shot Elseworlds, Gotham se situe dans une Angleterre victorienne, comprendre : « qui tourne à la vapeur, et certainement pas au kérosène »

Le Bruce a la douloureuse tâche de faire ‘sans’ ses accessoires.

Ce qui pose la première question : Que vaut Bruce Wayne dans une époque où l’intégralité de son équipement futuriste n’existe pas/plus ou n’a jamais existé. Batman se contente de pousser aussi loin que possible la tech contemporaine. Il a une attitude nettement plus physique, et le grappin, lui, ne bouge pas. Et pour ce qui est de son environnement ? Idem. On reprend les fondamentaux, Selina Kyle, Harvey Dent, Poison Ivy, Hugo Strange, le commissaire Gordon, Alfred et on twiste les personnages légèrement, de sorte à offrir un petit vent de fraîcheur. Juste ce qu’il faut de surprise. Pas plus.

Dur, dur d’être un Batman

Le chevalier noir évolue donc dans une cité aussi sombre que le Gotham du 21è siècle. L’exercice est compliqué pour lui, très dur. Richissime ou pas, survivre la vie de justicier masqué dans une époque aussi ‘sketchy’ que celle-ci nous rapproche du noyau du personnage, sa motivation première, son drive. En l’absence d’une mégalopole, Gotham by Gaslight nous propose une ville à la fois plus naïve et plus dure que la maison des Wayne. Les contraintes sociales et les conventions des gens « bien nés » sont ici un sujet crucial, à plus forte raison avec la bande d’orphelins façon Oliver Twist, qui ne sont autres que Dick, Jason & Tim, trois futurs robins.

Here comes Miss Kyle, a.k.a Catwoman

L’introduction de la super-anti-héroïne féline se fait sans la moindre faute de goût, tout transparait parfaitement dans ce rôle souvent maltraité. Il existe mille et une façons de ruiner le personnage de Catwoman, de démolir le concept sans même le faire exprès. Sam Liu a juste complètement oublié de le faire. Au contraire, cette version de Selina Kyle nous intrigue, nous accueille très habilement et nous fait vibrer tant le courage du personnage tranche avec l’esprit d’une période particulièrement dure avec le sexe faible. Autre aspect satisfaisant, elle fait complètement jeu égal avec le milliardaire playboy. C’est toujours un plaisir de la voir devancer le richissime orphelin d’une coudée.

And here comes the challenger

L’antagoniste, pour cette histoire inspirée de l’Angleterre pendant la révolution industrielle, n’est autre que Jack the Ripper, l’éventreur. Un masque, un chapeau haut de forme et un couteau de boucher, ainsi qu’une habilité à pousser Bruce Wayne dans les cordes. Un « super-viliain » qui va à merveille avec l’ethos du justicier capé, sombre, solide comme un roc, perturbant et visiblement en condition physique proche d’un Deathstroke. Sans son ‘utility belt’, Batman se sert de sa force brute sans lésiner, ce qui est aussi une excellente chose. C’est toujours notre Batman, mais une puissance monstrueuse se dégage de son attirail musculaire qui – on vous le rappelle – s’oppose à son inventaire d’accessoires plutôt limité.

Un one-shot hors sujet, doté d’un style mûr et cohérent

Le chara-design est fidèle à Magnola, car avec son rating déconseillé aux moins de 13 ans, Gotham by Gaslight est courageux, obscur, et justifie l’approche sanguinolente. Ce film n’est pas pour les enfants, là au moins c’est clair. L’action relève plus du slow-burn que de l’explosif d’un Son of Batman, par exemple. Cette démarche est payante, on sort de ce film avec une meilleure conception de la difficulté de l’exercice pour le super-héros masqué.

En fait. À bien y réfléchir, le film aurait très bien pu raconter les aventures de Don Diego de la Vega et de son alter-ego Zorro le Renard sans perdre une miette du narratif. Cette OAV est une réussite à de nombreux niveaux, réussir à faire la synthèse entre le contemporain et le légendaire tout en situant le tout dans une uchronie en fait partie.

Et le budget ? « On a tout donné à Bruce & Jennifer »

Si certains reconnaitront peut être la soeur de Dexter Morgan – Jennifer Carpenter – dans le rôle de Catwoman, bravo à eux ; d’autres spotteront un transfuge de Star Trek en la personne de Bruce Greenwood, pour incarner Sir Wayne. Dans les deux cas, la prestation est flawless.

Pour ce qui est de l’animation, certains se plaignent d’un manque de budget qui donne à certaines scènes une allure de cartoon de milieu de journée low-cost. Dans l’ensemble, il est évident que le focus se situe sur le narratif, et pas sur une forme dépouillée, à l’image de l’homme chauve-souris.

Familier et surprenant

Entre carrosses et zeppelins, décors désuets et direction artistique posée, le film nous donne du dépaysement, 1889 est bien là, aucun doute là-dessus. La force avec laquelle l’histoire se déploie est certes familière, mais le cadre change tout, il ralentit considérablement les marges de manoeuvres pour permettre de se recentrer sur l’impossible tâche que Bruce adolescent s’est donné.

Élémentaire, mon cher Alfred

On en veut plus, et avec un 7/10 c’est une certitude. Car c’est pas tous les jours qu’on nous offre de l’histoire « What if ? » sur un personnage majeur en long-métrage. Puisqu’on en parle : Batman Ninja arrive en 2018, c’est aussi certain, l’occasion de manger le même burger avec deux assaisonnements diamétralement opposés. Un coup en occident, un coup en orient. Et c’est tant mieux.

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