Qu’on se le dise, le feuilleton aux multiples facettes de Netflix Marvel n’en finira pas de nous surprendre.

Un par un, d’abord, pour ensuite devenir The Defenders, voilà un deal gardé secret mais qui était signé dès le premier jour. Marvel a visiblement percé le secret de la surprise perpétuelle. Ils sont capables de nous raconter milles et une histoires autour d’un univers commun, tout en allant des directions différentes, mais alors complètement différentes : l’espace jubilatoire, le passé et la der des der, l’Afrique victorieuse, les arts mystiques, et j’en passe.

Pour résumer : citons John Schnepp, et pour mieux répondre aux personnes qui n’ont pas su apprécier ce coup de maîtresse :

« Allez prendre des cours en école de cinéma, ou je sais pas moi… ».

Il s’agit donc pour nous de faire la synthèse de Jessica Jones saison 2, ce long, mais alors long film de 13 heures, et de nous dire, de vous dire que toutes les histoires du MCU & du MTVU racontées se déroulent dans le même plan, dimensionnel et narratif. Alors que non, pas du tout. Mais alors pas le moindre du monde. Si Luke Cage nous emmène à Harlem, dans le vrai Harlem, mais avec des paramètres différents (ce qui fait que les choses, les traumas et les enjeux n’ont pas le même poids) Jessica nous tire dans son petit recoin de la Big Apple. Une balle envoyée en direction de l’indestructible Luke ? Elle rebondira invariablement.

Pareil pour Jessica Jones, une gifle ne lui fera pas plus d’effet qu’une caresse, mais la caresse ne lui va pas non plus, elle s’est recroquevillée dans son petit cabinet, Alias, dans son uniforme de circonstance, son veston en cuir et sa dégaine débonnaire. Tout ces éléments sont une série de mystère que la saison 2 veut élucider, à la manière d’une origine story. Au final, on apprend à apprécier davantage la détective privée gonflée, précisément parce qu’elle ne va pas tenir compte de ce qui se passe dans l’espace, les Infinity War et les histoires de Civil War, ça lui passe complètement au dessus de la tête.

Jessica a déjà suffisamment de mal à gérer le quotidien.

Ses névroses rendent toute histoire de super-héroïnes classique complètement nulle et non avenue, pour une raison très simple. Jessica est une meilleure version du meilleur Clark Kent que vous ayez la possibilité de découvrir. C’est une humaine d’apparence en conflit avec son in-humanité, une indestructible force de la nature qui déteste tout ce que ses pouvoirs ont comme conséquences indirectes. Elle est terrassée par l’incapacité à pouvoir tout résoudre. Elle a donc décidé de s’y prendre un cas à la fois, quatre verres de kryptonite liquide à la fois. Vous comprendrez donc que tout est déformé dans cette série, tout est déplacé. La bonté de notre protagoniste ne va de paire qu’avec son caractère de mégère. Sa force physique complimente parfaitement ses faiblesses, qui elles relèvent plus de la psychiatrie.

Le trauma post geste héroïque est donc aussi un axe majeur de ce narratif très dense. Au diable les critiques sur le rythme des premiers épisodes, les scénaristes noient effectivement le poisson avec de nombreuses séquences qui semblent complètement décousues et qui portent la marque du filler. Mais c’est pour mieux faire la synthèse d’une première saison explosive. Comprenez par là qu’il ne s’agit pas du Punisher, le meurtre est une ligne rouge pour une personne comme Jessica, ou Matt, pas pour d’autres. La difficulté avec laquelle l’intrigue se met en route ne fait donc que répondre aux multiples contrariétés de la patronne d’Alias.

Difficile donc de s’épancher sur les qualités du narratif sans spoiler généreusement le reveal. La grande révélation/innovation de cette saison. Car si la saison première du nom avait clairement communiqué sur Kilgrave, et sur les éléments qui ont conduit Jessica à se libérer de son emprise ; la seconde saison ne nous dit rien sur l’antagoniste principal. Et c’est plutôt là que le double élément de surprise se situe. Car si Miss Jones va explorer au travers de cette saison les contours les plus flous de son très sombre passé, c’est clairement son futur qui est en train de se jouer dans cet arc narratif. Hellcat entres autres. Et si vous ne savez de qui il s’agit, passez votre chemin. Y’a rien à voir.

Jessica IS the new Orange

Pour ceux qui s’attendent à du superslip, comme qui dirait le Collectionneur, passez votre chemin, là on est dans le viscéral, on est dans la matière première à partir de laquelle les cauchemars sociaux poussent. Y’a du féminin, ça vous pouvez difficilement passer à côté. Et à ce titre il y a même plus de versions de féminité qu’il ne vous en sera possible d’en énumérer.

Pour le meilleur et pour le pire, tant certains personnages sont sacrifiés pour soutenir l’arc narratif des protagonistes/antagonistes principaux. On peut s’en réjouir, sans quoi le total serait monté à 15 ou 16 épisodes. Quoi qu’il en soit, la question de la ‘normalité’ est posée en des termes suffisamment éloquents pour répondre sans vraiment statuer sur ce qu’est la normalité, et quelle forme de normalité peut satisfaire Lady Jones. Tout le monde autour d’elle tient une réponse plutôt claire, mais même le spectateur en arrive à s’y perdre. Tour de force narratif je dis ton nom !

Mais encore une fois, l’opus de Melissa Rosenberg ne réussit l’impensable qu’en partie. À savoir : tenir le rythme soutenu, offrir non pas un mais plusieurs twists and turns autour d’un personnage qui n’a pas l’intention d’être aimable. Sur 13 épisodes, il y a des baisses de tempo qui sont ce qu’elles sont, une montée en charge nécessaire pour qui refuse de voir du Michael Bay adapté en Tv. Alors oui, des défauts, vous allez en trouver, de partout. Mais le tout est touchant, les secondes chances accordées et ensuite gâchées sont vertigineuses, hallucinantes.

On est – au final – dégouté par la nature humaine, sans jamais être rassuré ni nourri par l’espoir de jours meilleurs. Le tropisme habituel d’une figure héroïque vole complètement en éclats. Pour mieux poser les questions essentielles relatives à la justice. Il n’y pas de choix facile pour les arcs narratifs majeurs, chaque personnage est confronté au pire et d’une certaine manière n’y répond jamais de la bonne façon, ce qui est la meilleure chose pour nous autres spectateurs. Du drama puissance mille.

Et pourtant, au final, on se lie d’amitié avec cette Jessica au sale caractère, qu’on le veuille ou non. L’accumulation d’obstacles et de sacrifices auxquels elle est dans l’obligation de se soumettre est simplement titanesque. Vous vouliez de la super-héroïne à taille humaine ? Essayez la trentenaire acariâtre du 5ème étage.

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