La vie est surprenante, pendant des années, on nous a servi du soap-opéra bien dégoulinant de bons sentiments et avec du gros morceau de Clark Kent dedans. Et faute de mieux, on s’en contentait sans se biler de faire l’impasse dessus. Et pourtant, la série a perduré et elle a fait son beurre cosmique.

Pendant des années, on nous a fait croire qu’on avait là LA version définitive du héros qui a grandi dans le Kansas, à Smallville. Une petite ville dans laquelle le quotidien devenait parfois surréaliste. Et que c’était précisément là que tout s’était joué, le destin de Lois & Clark, la création du mythe du surhomme, et son attitude vis-à-vis de Luthor.

Des années plus tard, c’est Supergirl qui nous a rappelé au bon (ça dépend) souvenir de la série pour teenage super-héroïque, du super pouvoir, de l’intrigue bien urbaine et mondaine, de la sauce bienveillante et bien pensante tout comme il faut, le tout avec des petits morceaux d’Ally McBeal dedans. Ça vaut ce que ça vaut, c’est-à-dire un accompagnement sympa, sans non plus être vraiment consistant. TheCW nous a habitués à une forme de légèreté qui nous va très bien, et elle a prouvé pouvoir s’en échapper avec Black Lightning.

On nous as annoncé un série appelée Metropolis, qui se concentrera sur Lois Lane & Lex Luthor, mais sans Superman, qui restera un personnage à camée dans Supergirl, et c’est tant mieux après tout. Tout aurait très bien s’arrêter là.

Mais c’était sans compter David Goyer, le scénariste de nombreux films super-héroïques à succès. L’auteur du style moderne de storytelling de ces mythes synthétiques. Ce bonhomme tatoué de partout est derrière des trouvailles les plus belles de ces dernières années en termes d’adaptation de comics au grand écran, de Blade à Man of Steel, en passant par les Batman de Nolan. Il est à noter qu’il est pressenti pour travailler sur le long métrage GreenLantern Corps ainsi que sur l’adaptation de Sandman, deux projets de coeur si l’on en croit des propos rapportés. Et le bougre sait être vocal à ce sujet. Son travail ne lui suffit pas pour le prouver, semble-t-il.

Le monsieur est un passionné, un vrai. Y’a aucun doute sur le sujet. Et comme il n’a pas l’impression de s’être véritablement « lâché » comme il le fallait sur Man of Steel, ainsi que Man of Steel 2 (qui a été annulé, hello !) ; David S. Goyer a milité pour pouvoir se servir de l’ancêtre de Kal El pour mieux raconter le pourquoi du comment de Superman et de son destin. Enfin, militer, il est peut être aussi l’un des seuls tripper sur ce genre de projet dans L.A.

Pour se faire, il va se faire aider de Damian Kindler, qui a été à la tête de Stargate SG1, Atlantis, Sleepy Hollow. Objectif : faire de ce projet de série télé un pavé dans la marre comme l’a été Batman Begins. Ou alors juste nous donner un truc à mi-chemin entre Thor premier du nom et Game of Thrones, à savoir : du médiéval futuro-fantastique, galactique.

L’ambition est clairement affichée, il faut revenir dans les débuts modestes de la maison El pour expliquer l’apocalypse qui a frappé Krypton. Apocalypse qui aurait propulsé le bébé El dans la grange de la famille Kent. C’est peut être le contexte social de la planète, peut être les choix des aïeux de Clark Kent qui ont conditionné notre chance à nous autres humains de bénéficier d’un héros pour nous protéger et nous donner espoir.

C’est donc sur le grand-père de Kal El que l’attention va se porter, Seg El, porté par le jeune londonien Cameron Cuffe. Seg El donc, et son papy, Val El (restez concentrés), qui ont tous les deux un appétit la vérité et la justice, aussi insensée, et « out of this world » soit-elle. Krypton et la grande cité de Kandor sont donc le théâtre de cette représentation très shakespearienne du propos de superhéros. On a déjà vu ça, mais le mix de tradition religieuse extra-terrestre et d’avant-garde technologique dans une histoire qui se déroule il y a plus de deux siècles est surprenant, il est vivifiant.

Ce mix nous permet donc de rêver : car tenez-vous bien, vous aurez droit à de la forteresse de solitude en version 1.0. Vous allez découvrir les autres maisons de Krypton, Zod & El en premier plan bien évidemment, mais également le système de caste et l’honneur qui est transmis avec. Vous apprendrez aussi que même sur Krypton, passer du temps au pub ou au dive-bar le plus proche est une activité somme toute universelle.

Vous aurez donc le choix entre la romance punk du grand-père de notre héros au slip rouge et l’emballement d’un conflit avec une organisation rebelle du nom de Black Zero – dans un contexte de nation martiale – qui cherche à abolir les pratiques religieuses séculaires des aristocrates en place. Ça, c’est pour ceux qui cherchent à nos personnages des motivations et des conflits très terre à terre, pour une histoire qui se déroule à des années-lumière d’ici.

Vous aurez également le choix entre la menace Brainiac sur la ville qui sera bien embouteillée à un moment ou à un autre, ou douter du déroulement prévu des événements avec la présence d’Adam Strange, et son voyage temporel qui l’emmène 200 ans dans le passé pour montrer au grand-père de Kal El la preuve que sa lignée a un grand destin devant elle. Si Superman est le fruit d’une boucle temporelle, on peut probablement imaginer l’implacable détermination de Jor El, le géniteur de notre héros au pouvoir quasi infini.

Superman est donc menacé dans le présent, et c’est dans le passé qu’il faudra affronter Brainiac au travers d’un plot qui fait déjà suffisamment mal au crâne. Ajoutez à cela la perspective d’une arche de Noé peuplée d’une quantité monstrueuse de monde capturés, vous avez la recette d’une série télé bien chargée. David Goyer annonce un plan basé sur 7 à 8 saisons, pour sauver Superman et garantir à la terre son héros. Drôle de méthode.

Ce qui fait qu’artistiquement, on s’éloigne pas mal du reste des feuilletons du DCTVU. Autrement dit, SyFy fait un choix courageux d’aller tourner en Europe (Serbie & Irlande) avec des acteurs à l’accent bien british pour la plupart et avec un panache inédit pour l’instant dans le domaine de la série héroïque.

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