Sans même que l’on présente Star Wars, tout le monde a un avis sur Star Wars. Même les personnes qui n’ont jamais vu Star Wars ont une idée de ce qu’ils pensent de Star Wars.

Qu’on se le dise, le projet de cette nouvelle trilogie est de donner un nouveau souffle aux productions. Plus question de s’arrêter maintenant, des Star Wars, vous en aurez pratiquement tous les ans. Mettons-nous donc d’accord au préalable sur certains principes, que vous soyez d’accord ou non d’ailleurs :
1 – Les meilleurs travaux de Lucas ne sont pas forcément là ou on le pense.
2 – Les meilleurs rôles des acteurs vétérans ne sont pas forcément ceux auxquels on pense.
3 – Les meilleures idées de J. J. Abrams ne sont pas celles auxquelles il pense.
4 – Star Wars est censé être fun, avant d’être profond.

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Spoiler : Cette saga est censée être différente.

C’est même une évidence, le monde a changé, Star Wars a changé, les proprios – eux aussi – ont changé. Star Wars troisième mouvement a donc la responsabilité de corriger les erreurs des sagas passées tout en perpétuant une forme de ‘tradition’. Les trilogies fonctionnent ensemble, en compagnie de leurs univers étendus. Et parfois, certains choix confirment de mauvaises inspirations, quand parfois certaines décisions n’existent que pour effectuer une correction. Mais le monde change de plus en plus vite. Donc, de l’épisode 7 à 8, comme de l’épisode 4 à 5, des approches différentes sont attendues. Ce qui fait que certaines conversations affrontements de geeks au sujet de Star Wars en deviennent juste décourageants tant le matériau est insondable, injustement crypté.

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Mais refaire le même film une énième fois ? Impossible, jamais de la vie.

L’attente était elle si grande que même le titan du divertissement ne pouvait arriver à satisfaire la foule sans se mettre à dos les ‘taste makers’ ? La question se pose tant il est vrai que ce film récolte a posteriori la palme de la critique tout en étant boudé par la liesse populaire. Le film hésite, c’est vrai, mais il ne doute que très peu.

Star Wars huitième du nom va donc corriger dans le désordre : les a priori, le manque de fun, le focus sur la sainte trinité de la saga, l’usage de la force, l’importance de la filiation, la tonalité de certains rôles. À commencer par la scène d’exposition, et le bombardement. Une scène réjouissante et généreuse en effets de tous genres. Le message est pourtant clair, la production veut nous en donner pour notre argent. Pourtant le choix du bombardement est une énigme. Un geste qui s’inscrit dans la lancée du Rogue One, à savoir, effacer au blanco le manichéisme relatif à la sacro-sainte rébellion. Le rebelle est un personnage en principe : ingénieux, capable, réactif. Mais selon le point de vue, le rebelle peut très bien être vu comme un terroriste. Le genre de résistant qui bombarde pour se défendre, mais qui bombarde quand même. Cela étant dit : il bombarde dans l’espace, là où la gravité ne permet pas – en principe – de bombarder.

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Star Wars veut faire le rigolo. La bonne blague.

Le général Hux – quant à lui – en prend pour grade. La retraite de la rébellion ressemble donc à un épisode de Battlestar Galactica, encore une pirouette narrative qui permet à la princesse devenue Cheffe des armées de nous offrir une facette inédite de Leia Organa, une femme au destin extraordinaire et singulier dans la galaxie. Une pirouette qui permet d’innover ailleurs également, l’usage du voyage stellaire comme une arme stratégique.

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En parlant ‘Stratégies’, le général Akbar est sacrifié sans scrupules, et sans le privilège d’une liturgie ni funérailles dignes de ce nom. On porte donc petit à petit un regard méfiant sur le film tant l’opportunité au pathos était belle, évidente. Mieux encore, les manoeuvres qui consistent à tisser des liens forts avec les nouveaux acteurs de la saga fonctionnent. C’est bien normal, puisque le temps libéré puis consacré à les observer est plus ample, mais là encore, légère surprise.

Le film manque de nous surprendre avec Finn, encore une fois cohérent avec l’épisode précédent tout en subvertissant certains détails de son approche. C’est un miraculé, un rescapé qui compte ses cicatrices sans y croire et qui – a priori – n’entend pas l’appel de l’aventure ; sauf quand on finit par le lui rentrer dans le crâne à grands coups de tatane. Son arc narratif est globalement identique au film précédent.

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Imaginez la dose de courage quil faut pour ne pas trembler de la main droite là.

Drôle de méthode, Mr Johnson.

Pareil pour le vieux sur son rocher. L’approche est radicalement différente, mais elle entreprend de nous surprendre là où on ne s’y attend plus. Même l’acteur s’en est réclamé, de la surprise, à la lecture du script. Car oui, Mesdames & Messieurs, l’auteur-réalisateur s’est permis de trahir à loisir. Les acteurs vétérans en sont pour leurs frais. Luke Skywalker est un héros qui a littéralement tout foutu en l’air en fin de compte. Leia n’a pas réussi l’éducation de son fiston en donnant toute son attention à la rébellion. Les parents de Rei l’ont abandonné pour rien. Kylo Ren a injustement foutu le bordel dans sa famille parce qu’il est mal élevé et qu’il traine un ego surdimensionné.

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C’est la faute à pas de chance, mais c’est comme ça. C’est ce que le film veut perpétuer comme attitude, comme posture face à la nation Star Wars, face au narratif. Les antagonistes se rapprochent, les trahisons ont lieu avec ou sans conséquence et sans discrimination de camp. Les gentils ont l’air moins gentils par moments, certains méchants n’ont finalement pas l’air si méchants, en fin de compte. Au final, cette approche permet de donner à Mark Hamill la possibilité de jongler avec une palette plus large d’objets émotionnels.

Les échanges entre les deux jeunes premiers rôles sont une proposition minimaliste, simple, théâtrale et surprenante. Sans vouloir trop en faire en termes d’image, le réalisateur nous offre de la tension et brouille encore un petit plus les pistes. Quel courage de ne s’en tenir qu’à un champ/contrechamp pour nous faire évoluer une relation longue distance. Chapeau. Dameron hérite d’un mix de plusieurs personnages, il est speed, volontaire, sans peur et sans reproche, casse cou et écœurant de talents en tous genres. Encore une fois, drôle de méthode ! Mr Johnson.

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Mais Star Wars, c’est d’abord les aliens gens.

La tension ne relève donc plus vraiment du sujet cinématographique, mais veut brouiller les pistes de sorte à s’en remettre au sort des personnages. La scène du casino de Canto Bight est une belle ode au moteur à commentaire social qu’était Star Wars déjà très tôt. La maladresse avec laquelle on veut pourtant nous vendre de l’aventure avec un grand A est touchante.

L’énergie d’Adam Driver n’a d’égale (voire supérieure) que l’intensité de Daisy Ridley qui est impressionnante de maîtrise, pour une si jeune actrice. Le reste du casting est bien évidemment ravissant de bonne volonté. C’est dur à ce niveau d’être critique avec un panel aussi large de saveurs différentes. Pour des histoires aux troupes plus ténues, il y a toujours les séries. Oscar Isaac est toujours aussi sautillant, il hérite de plusieurs casquettes et ça lui va bien, tout comme Bénicio Del Toro. Les vétérans bouclent leurs arcs narratifs avec élégance. Tant mieux. Il est question après tout de laisser là place à la nouvelle génération.

Chez Lucasfilms, désormais, la procédure est la suivante : Si l’impératrice Kathlyn Kennedy vous a ‘à la bonne’ ; vous avez grosso modo le droit de faire presque n’importe quoi.

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Au final, on est surpris et un peu désorientés.

Donc, jeter par la fenêtre une trentaine d’années de fan fictions rendues canoniques par Lucas himself : « Roger That ». Jeter aussi les pistes de réflexion sur lesquelles J.J. Abrams & consoeurs ont construit le retour à succès de la saga, ainsi que les espoirs de voir les vétérans prolonger leur passage de témoin : « Done & Done ». Le film brise donc des tabous sans jamais s’en excuser, inquiète la base et adopte cette attitude destructrice qui ressemble bien à un manège façon montagnes russes, à certains égards. Pour le reste, c’est de toute façon un spectacle grand format. De ce point de vue, la promesse de dépaysement est amplement respectée, ce film est graphique. Les décors ont l’air d’avoir été dessinés.

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Elle a vachement changé la garde impériale, depuis les nouveaux budgets.

C’est précisément ce qui fait que n’importe quel fan boy peut désormais se libérer de son attachement viscéral aux fondamentaux de la série. Comme un Yoda joueur qui s’amuse des crises de nerfs de son padawan. Les auteurs de la saga rigolent ostensiblement quand les fanboys et les trolls se décoiffent pour mieux s’affronter sur des théories autour de leurs mythologies – de synthèse – préférée.

La conclusion la plus belle (ainsi que le meilleur compromis pour en sortir content) est la suivante : Les légendes – car c’est avec cette idée que la huitième partie de Star Wars s’achève – sont faites pour être déformées, même diffamées, pourvu qu’elles créent des vocations chez la nouvelle génération. C’était le cas de Rian Johnson, un fan de l’univers de Lucas devenu auteur d’une pièce. Cela aurait très bien pu être le cas de n’importe lequel d’entre nous.

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Pourvu que ça dure.

7/10

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