Si Thor 3 réussit un pari, c’est celui du pivot.

Changer la tonalité d’un film de superhéros est une tâche difficile. Changer le plan de route d’une célébrité du monde des comics pour mieux imiter le ton rigolo d’un succès de l’an passé, c’est un pari – relativement – risqué. Marvel, ou plutôt Taika Waititi l’a accompli, ce drôle de challenge.

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Drôle de méthode

En entreprenant l’adaptation d’un troisième numéro de la saga Thor, Marvel se contente de donner à Paul ce qu’elle a déjà donné à Pierre, et Jacques. Au passage, pas de nouvelles de Docteur Strange 2, et le film Hulk, vous pouvez l’attendre encore un moment, Universal n’est pas prête de relâcher les droits. Un troisième film Thor, c’est donc bien naturel. Quand bien même les deux premiers opus n’ont pas décroché de record au box-office, il y a eu progression avec 448 millions de $ pour le premier et 644 millions pour le second. Promotion trilogie amplement méritée.

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Mais le traitement humoristique, puisque c’est lui qui cause débat, était-il le meilleur axe stratégique pour Thor Odinson, outre le décès de son père et la destruction de sa demeure natale en le royaume d’Asgard ? La réponse est oui si l’on en croit le box-office avec 843 millions de $. La concurrence était pourtant rude, avec un Star Wars en fin d’année et un Justice League dans le mois qui suivait la sortie de Ragnarok.

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La planche (de BD) était pourtant savonnée

Pour ne rien gâcher, Captain America Civil War mettait la barre suffisamment haut. Pour un film de saga « Capt’n Stripes», le casting ressemblait fortement à de l’Avengers. Thor tout seul, ou presque, c’est une approche particulière dans un monde cinématographie qui voue un amour au « toujours plus haut, toujours plus fort, plus vite, plus grand… ». La promesse d’un film rigolo était non seulement stratégique, elle relevait d’une idée de génie : déconstruire le mythe et le protagoniste principal pour mieux relancer la franchise.

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À trop vouloir faire dans la surenchère, on peut se retrouver dos au mur. C’est exactement ce qui est arrivé à Marvel avec ce superhéros. Or, si la pléthore de personnages à disposition permet de faire à peu près tout ce qu’on veut, les fans surveillent et regardent d’un oeil méfiant tout virage narratif. C’est donc là le challenge de ce film, un spectacle qui tranche volontairement avec la tenue de travail qu’un Captain America ou qu’un Avengers proposaient jusqu’à lors.

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« Chances of 1 million to fun »

Le « Fun », c’est non seulement dans l’esprit du film que le réalisateur aura la bonne idée de l’introduire, mais aussi dans l’esprit du tournage à proprement dit (NdH : Gif de Taika qui danse). Jugez plutôt : 80 % des dialogues improvisés. Des motivations de personnages à contre-courant, et un Hulk qui parle ! Incroyable !

Le film propose donc une scène d’ouverture surprenante. Thor en train d’accomplir des miracles. C’est simple, de mémoire de fan, nous n’avons jamais eu droit à une scène d’ouverture aussi puissante pour le héros à la ||perruque|| chevelure blonde. Il se défend et se démène avec une aisance pratiquement insultante pour les films précédents. Thor est un demi-dieu pour l’amour du ciel ! Et cette fois-ci, nous y avons complètement droit. Un hériter du trône capable d’accomplir de grandes choses, ce que la scène suivante confirme. Car à son arrivée, ce n’est pas Odin qui siège sur le trône d’Asgard, mais Loki, son demi-frère. La continuité avec le film précédent est respectée, pour mieux être ensuite complètement trahie par les circonstances dans lesquels Thor met fin à la mascarade. Thor est puissant à ce moment-là, il ordonne, malmène et sanctionne froidement son petit frère et constate l’impensable. Odin est perdu. Parti.

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La suite est d’autant plus satisfaisante pour les fans de cross-over, l’arrivée de Dr Strange dans le film est une bénédiction. La rencontre entre les deux personnages est un délice d’écriture, de montage, de SFX, d’acting. Les deux superstars se donnent la réplique avec un goût pour le vaudeville qui surprend autant qu’il apaise. On est à la maison. Marvel se souvient de son passé coloré et amusant, divertissant. Thor devient très vite à son tour incompétent et maladroit. C’est là tout le potentiel de l’acteur qui s’exprime. En alliant la rencontre au sommet de personnages clés de Marvel, et l’inévitable adieu d’Anthony Hopkins au MCU, le film devient instantanément culte. C’est simple, en moins d’une demi-heure, la pellicule nous a déjà brûlé les rétines deux à trois fois.

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Un casting bigarré en diable

Le reste du film est une ballade joyeuse dans les méandres des auteurs de Marvel des années 60/70. De la couleur dans tous les sens. Tessa Thompson, comme Cate Blanchett et Jeff Goldblum, tous surprenants et réjouissants de fraicheur. Le film entre dans le vif du sujet et explore un Thor complètement désemparé, ruiné, perdu, capturé et pire encore : décoiffé. C’est ce renouvellement que nous attendions tous, un Thor humanisé, dépravé, mais qui n’arrête pas de se battre pour autant. Jusqu’ici, ce personnage devait payer par sa majesté, pas par sa maladresse.

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Dans le taudis dans lequel il atterrit, Odinson ne se contente pas d’être touchant, il est également encourageant. Il sera rejoint par Loki – encore lui, arrivé des semaines en avance sur place – Hulk – deux ans de résidence – et Taika Waititi, le réalisateur qui injectera beaucoup (trop?) de son ADN dans la suite des festivités. Un réalisateur en tenue de mocap sur un plateau de tournage. Vous imaginez facilement l’hilarité générale et la volonté de ne pas se prendre au sérieux.

Pourtant, tout tient debout, la reconstruction du mythe Thor, le combat Thor-Hulk, la réconciliation Thor-Hulk, les motivations de la grande soeur de Thor (surprise !), la mission de résistance de Heimdall qui reste en retrait sur Asgard pour assurer une épiphanie digne de ce nom à notre héros sans son marteau et la morale assenée à Thor par Odin « Es-tu le dieu du tonnerre ou le dieu du marteau ? ».

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Et la bonne morale puritaine dans tout ça ?

En s’y prenant de la sorte, Marvel – au travers du réalisateur – nous fait un petit peu la morale et nous prend par la main pour mieux nous inviter à découvrir la phase 4. La question posée n’est pas juste relative aux polémiques sur la valeur authentique des scénarios en comparaison au matériel original. Il s’agit désormais de poser la question aux futurs fans de ces personnages dans 10, 20 ou 30 ans. Qu’est-ce que Marvel ? Qui est Thor ? Quelles sont les bases canoniques de ces histoires ? Et surtout : est-ce que c’est SI important que ça ?

Le film adresse des réponses à de nombreuses questions concernant le Hulk. Et ça, ça méritait un film à lui tout seul. La présence du frangin du Collecteur, le Grand Master, permet de creuser davantage dans la mythologie cosmique de la maison des idées. L’arc narratif des personnages secondaires est soignée, en dépit de dialogues largement improvisés. Ce qui est – à mon sens – la preuve d’un grande maîtrise du sujet cinématographique. Taika sait faire des films. Il ne les fait pas comme tout le monde, d’ailleurs le projet narratif est faussement recentré sur Thor, au même titre que la sauvegarde du patrimoine Asgardien. Là encore, preuve d’une maestria en terme de storytelling.

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Fondu enchaîné, le film cartonne, la critique applaudit des deux mains et le couple Waititi Hemsworth envisage publiquement de rempiler pour un Ragnarok deuxième du nom. Qu’on se le dise, le Thor shakespearien est oublié, le Thor façon Game of Marteaux vous n’en aurez plus, c’est promis. Dorénavant, le « Lord of Thunder » devra se contenter d’un casting plus coloré pour briller.

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Ma note : 4,7/5 ou 9,5/10

Ringo Juice Box.

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